11/04/2007

Les ultras en embuscade

J'ai découvert un site européen édifiant, qui distribue ses bons et mauvais points aux eurodéputés en fonction de leurs votes sur des sujets éthiques aussi délicats que les thérapies innovantes, la recherche sur les cellules souches, le brevetage du vivant, les droits de la femme, la santé reproductive, la fin de vie, etc. Euro-fam.org, s'il dit n'être "lié à aucun parti politique, ni groupe confessionnel ou économique", sent les milieux intégristes à plein nez.
Aux yeux de ces vigiles, qui se prennent pour seuls gardiens de l'éthique, le démocrate-chrétien allemand Bernd Posselt, qui a voté 65 fois sur 65 comme le préconisait Euro-fam, obtient la palme d'or de la vertu morale, tandis que le travailliste néerlandais Jan Marinus Wiersma, qui n'a émis qu'un "bon" vote sur 53, serait prêt pour le bûcher. Il est d'ailleurs en tête du "Hall of Shame" du site.
Du côté belge, 14 eurodéputés se voient affublés de cartons rouges, les plus rouges des rouges étant Anne Van Lancker et Véronique De Keyser, socialistes, ainsi que la libérale Frédérique Ries. "Ils se mettent du côté de l'éthique comme si nous n'en avions pas", critique l'ancienne journaliste, au demeurant "profondément croyante". Devinez quels sont les deux eurodéputés belges qui obtiennent des cartons verts? Les Vlaams Belang Frank Vanhecke et Filip Claeys. Tout est dit, non ? (S.Vt.)

10/04/2007

Toujours là, le logo

medium_Blog_001.jpgEn passant ce midi devant le Berlaymont, siège bruxellois de la Commission européenne, je me suis trouvée nez à nez avec cette même immense affiche frappée de ce même immense logo choisi pour célébrer les 50 ans des traités de Rome. Je ne comprends pas qu'ils soient encore là, en si bonne place.
Parce que 1. le slogan "Together since 1957" est faux: non seulement la Communauté existe depuis 1951, mais en plus elle n'était fondée que de six des vingt-sept pays actuels;
et 2. le logo a beau avoir été créé par un artiste polonais, il a été pensé unilingue, en anglais of course; ce n'est que devant la polémique naissante qu'on s'est souvenu de l'existence de 22 autres langues officielles de l'Union européenne.
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Outre que je me demande toujours comment on a pu choisir un logo erroné, j'avoue ne pas comprendre pourquoi l'on s'évertue encore et toujours à l'afficher... (S.Vt.)

04/04/2007

Qu’importe la directive pourvu qu’on ait l’ivresse

Rififi dans le vignoble : le tokay alsacien n’est plus. Depuis le 1er avril (rien d’un poisson), le nom est restitué à son pays d’origine, la Hongrie. L’affaire aurait déjà dû être réglée depuis les années 1920, époque à laquelle un accord mutuel prévoyait que la Hongrie renonce au nom de « cognac » si la France en faisait de même pour « tokay ». La Hongrie a respecté son engagement illico presto mais l’Alsace - forte de particularismes juridiques locaux - a mis plus de 80 ans à le faire. Largement mobilisés, les viticulteurs locaux ont joyeusement contourné lois françaises et règlements européens jusqu’à ce qu’un accord conclu en 1993 entre l’Union et la Hongrie impose à l’Alsace le terme de pinot gris. Le délai transitoire accordé à l’époque s’est terminé au début de ce mois et le millésime 2006 sera le premier concerné. « Il est temps que la France si prompte à se battre pour que ses appellations ne soient pas utilisées par d’autres pays, montre l’exemple », estimait un collectionneur d’étiquettes dans les colonnes des « Dernières Nouvelles d’Alsace ».
Exit le tokay pinot alsacien donc. Mais qu’adviendra-t-il du « pinot grigio », un pinot gris commercialisé par la cave coopérative de Turckheim sous un nom italien. Petit snobisme exotique réservé au marché britannique où – semble-t-il – ce vin se vend mieux dans la langue de Dante.
Mais si l’Europe est une tour de Babel où chaque idiome a droit de cité, ses directives - on le sait - se mêlent de beaucoup de choses. Une nouvelle réglementation exige désormais de chaque pays une liste de cépages officiellement acceptés et le pinot grigio ne figure pas dans la liste française. La solution toute simple serait de l’y ajouter mais certains viticulteurs alsaciens ne sont pas d’accord car il existe un pinot grigio italien, beaucoup plus léger que son cousin alsacien. Gare à l’amalgame s’inquiète les puristes… (V.Le.)

02/04/2007

Prosélytisme européen en Pologne

medium_Kaczynski.jpgEn dépit de sa campagne électorale bien belge, Guy Verhofstadt a décidé de reprendre son bâton de pélerin européen. C'est en Pologne que le Premier ministre belge s'envolera ce vendredi 13, pour y rencontrer le bien curieux pouvoir gémellaire en place : le Président Lech d'abord, le Premier ministre Jaroslaw ensuite. Les jumeaux Kaczynski, donc.
Le Belge risque toutefois d'avoir un peu de mal à leur transmettre sa fibre européenne. Varsovie vient de réclamer une révision institutionnelle du traité constitutionnel, pour se donner plus de poids dans le processus de décision européenne. Or, inutile de préciser que personne dans l'Union n'a vraiment envie de voir la Pologne des jumeaux peser davantage, et qu'une nouvelle belle pagaille s'annonce.
En attendant, pour servir "la" cause, Guy Verhofstadt n'arrivera pas les mains vides dans la capitale polonaise, mais avec son livre « Les Etats-Unis d'Europe » dont seul le titre doit en hérisser plus d'un à l'est de l'Oder-Neisse. Bel effort, le bouquin a même été traduit en polonais et en biélorusse! Mais, au risque de doucher les ardeurs parfois très juvéniles du Premier ministre, je crains bien qu'il ne fasse recette ni dans la Pologne des Kaczynski ni au Belarus du dictateur Loukachenko... (S.Vt.)

Photo Katarina Stoltz / Reuters

29/03/2007

La solitude du porte-parole

Mercredi, Berlaymont, 12 heures. On l'imagine, résigné, reprenant une dernière fois son souffle en coulisses, avant d'affronter la meute des journalistes. Le programme du point presse de la Commission prévoit que Joe Borg, le commissaire en charge de la pêche et des affaires maritimes, vienne présenter son projet pour mettre fin au gâchis des tonnes de poissons capturés involontairement. Mais Johannes Laitenberger, porte-parole de l'exécutif européen sait que les journalistes qui couvrent l'actualité de l'Union européenne ont "senti l'odeur du sang". Et qu'à cette heure-ci, peu leur chaut de savoir que des millions de poissons - 13 % de la pêche européenne en 2005 - sont rejetés à la mer, mourants. Il sait que les correspondants de la presse internationale, avides d'informations, de détails, de précisions, de croustillant, quoi... ne vont pas tarder à le bombarder de questions à propos de cette affaire de fraude présumée au budget des délégations européennes.
Un petit sourire narquois au coin des lèvres, comme pour signifier qu'il a compris qu'il ne pourrait pas s'esquiver, Johannes Laitenberger explique qu'il est disposé à modifier l'ordre du jour du point presse pour répondre à "quelques" questions sur le sujet que vous savez. Avant de préciser qu'il lui est interdit de dévoiler les détails de l'enquête, secret de l'instruction oblige. Loin de refroidir les ardeurs, cette précision met la salle de presse en ébullition. De gradins fusent, en boucle, les "Qui ?", "Depuis quand ?","Où", "Comment ?", "Combien ?"
Et dix fois, vingt fois, Johannes Laitenberger de se retrancher, dans toutes les langues, derrière son devoir de réserve. Le sourire n'a pas tardé à s'effacer de son visage, sa voix laisse poindre une certaine irritation, son regard s'est durci.
Au bout d'un petit quart d'heure, les correspondants, lassés de jeter la balle contre un mur qui ne la renvoie pas, quittent la salle de presse pour manifester leur mécontentement contre ce qu'ils considèrent comme un manque total de fair-play. Abandonnant à son triste sort le porte-parole, condamné à se taire.
OleB

28/03/2007

Comment tuer l'image...

A désepérer... En écoutant les nouvelles, hier, les stratèges en communication européenne ont dû s'en poser, des questions existentielles. Des mois (si pas des années) qu'ils essaient de reconquérir le coeur des Européens. Des mois qu'ils tentent de les amener à dépasser cette image de cour de récréation ou de bureaucratie technocratique qui s'en met plein les poches. De montrer que, oui, ils s'intéressent à nos préoccupations, que, oui, ils sont proches de nous.
Alors, un jour, à Bruxelles, les Vingt-sept promettent de lutter contre le réchauffement climatique en réduisant leurs émissions de gaz à effet de serre. Le lendemain, à Berlin, ils adoptent une profession de foi en l'Europe, en notre nom à nous, "citoyennes et citoyens européens" qui avons la "chance" de vivre "unis". Amen. Un jour, le président de la Commission européenne invite la vedette écologique française Nicolas Hulot à Bruxelles. Le lendemain, José Manuel Barroso reçoit l'ex-footballeur devenu président de l'UEFA, Michel Platini. Les caméras tournent, l'image prime, la communication supplante à l'information.
Et puis voilà qu'aujourd'hui, trois Italiens - un fonctionnaire européen, un assistant parlementaire et un dirigeant de consortium immobilier - sont arrêtés pour faux et usage de faux, corruption, escroquerie et association de malfaiteurs! Les faits ont beau remonter à plusieurs années, l'enquête a beau avoir été lancée par l'Office européen de lutte antifraude lui-même, cette révélation s'avère proprement désastreuse pour l'image de l'Union. Allez donc expliquer, maintenant, que l'Europe bosse, et bosse bien ! (S.Vt.)

25/03/2007

Quand Angela Merkel cite La Libre

medium_AngelaMerkel.jpgAngela Merkel qui reprend “La Libre”, cela n’arrive pas tous les jours. Juste le 25 mars 2007, à Berlin, lors de son allocution à l'occasion du jubilé des traités de Rome !
"J'aimerais mentionner le journal belge La Libre Belgique qui écrivait en substance à l'époque au sujet des négociations des traités de Rome que les Allemands sont tous des "Doktor" importants et bien organisés, que les Français sont bien élevés et qu'ils aiment les projets et les théories, que les Italiens portent de merveilleuses cravates et de magnifiques chaussettes, et que, chez eux, même les statistiques ressemblent à des feux d'artifice."
Cet article avait été écrit en 1957 et s'intitulait "La race des experts". On y lisait aussi que "les Belges sont « coopératifs » comme disent les Américains. Ils trimbalent sans fin leurs dossiers. Ceux-ci, ils les connaissent dans les coins, tout autant que les adresses des bons-restaurants-sans-coup-de-fusil de Paris. Les Néerlandais, phénomène remarquable, ont le type britannique. Leur délégation est celle qui compte le plus grand nombre de parapluies au mètre carré. Plusieurs d’entre eux arborent des moustaches, dites « handlebars », made in Foreign Office. Ils sont corrects, précis. S’ils s’expriment volontiers dans la langue de Pascal, ils sont en revanche « les moins français » du monde européen des experts. Les Allemands, encore que très conscients de leur puissance reconquise, ont des faiblesses sentimentales pour la France. Les Néerlandais, pas du tout."
L'occasion pour la chancelière allemande de conclure que "oui, Mesdames et Messieurs, nous sommes tout cela, et même plus, bien plus. C'est cela l'Europe. Le scepticisme, les contradictions, la diversité, et aussi maints clichés auxquels nous nous sommes attachés, et aussi, et surtout, du courage. Tout cela, c'est L'Europe."
(S.Vt.)
© Photo by AA - Tim M. Hoesmann

Barroso aime prendre le bus

Tant que le Parlement européen comptera deux sièges, eurodéputés, assistants, fonctionnaires et eurojournalistes feront chaque mois la transhumance entre Bruxelles et Strasbourg où se tiennent les sessions plénières. Qui en voiture, qui en avion, qui en train, des quatre coins de l’Europe débarque un petit monde bcbg, téléphone à l’oreille et journal sous le bras. Depuis le temps, on les connaît. Les Strasbourgeois râlent de ne plus trouver de taxis une semaine par mois, surtout quand ils restent sur le trottoir à cause d’un retardataire prêt à tout pour arriver à temps à l’ouverture des débats.
Du côté de l’aéroport et du personnel affecté à la liaison ferroviaire Bruxelles-Strasbourg, les Européens on les aime bien. « Ils ne râlent pas assez, commentait le contrôleur du train Strasbourg-Bruxelles de 7 h 50, le 15 mars dernier. Au lieu de se plonger dans leurs dossiers, ils feraient mieux d’écrire pour se plaindre de cette ligne désastreuse ! » Certains voyageurs s’interrogeaient cependant avec une ironie mêlée d’indignation : « J’ai lu dans Le Monde que les eurodéputés étaient remboursés de leur déplacement au prix du billet d’avion. S’ils font le voyage en train, c’est tout bénéfice pour eux ! » Un journaliste luxembourgeois confirma les faits en précisant qu’en 2009, tout le monde sera remboursé en frais réels, ce qui apaisa les esprits.
A l’aéroport d’Entzheim, les lundis et jeudis des sessions sont annoncés comme des jours d’affluence avec trois liaisons supplémentaires. La gérante du Relais H prévoit plus de journaux surtout anglophones, on ouvre le salon Etoile où les eurodéputés peuvent attendre en famille et on passe à l’aspirateur le tapis rouge qui mène les personnalités – chefs d’Etats et de gouvernement, ministres, présidents du Parlement et de la Commission ainsi que commissaires - directement de leur avion au Salon d’honneur. « Contrairement aux eurodéputés, les commissaires ont rang de ministres » commente une superviseuse de l’aéroport. Mais ils ne font jamais d’histoire. C’est plutôt leur staff qui pique des crises. » Et de se souvenir d’un jour où « le charter des commissaires » dut se ranger dans un parking plus éloigné que de coutume du Salon d’honneur. « Les fonctionnaires étaient fous furieux alors que José Manuel Barroso, président de la Commission, est arrivé tout guilleret en disant que c’était génial de prendre le bus ! » Nul doute que le déplacement a dû paraître divertissant à l’homme dont le goût pour les 4X4 a défrayé la chronique européenne. (V.Le.)

24/03/2007

www.les-farceurs-du-web.eu

Un conseil, faites un copier-coller si vous voulez aller voir le site Internet du village gallois au nom aussi long qu'imprononçable: www.llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantysiliogogogochuchaf.eu ! 63 lettres pour un nom de domaine européen, c'est le maximum autorisé par le registre européen des noms de domaine sur Internet, qui gère les noms avec la nouvelle extension .eu lancée le 7 avril 2006.
Plus facétieux, un Allemand - il faut dire qu'il est humoriste - a déposé les adresses www.aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa.eu et www.zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz.eu (ne comptez pas, il y en a 63). "C'est le dernier domaine Internet de l'UE!", lit-on sur ces sites.
Sur les 2,5 millions d'adresses déjà déposées, on trouve surtout des sex.eu, hotel.eu, travel.eu et jobs.eu, mais aussi www.thisisthelongesteuropeandomainnameallovertheworldandnowitismine.eu ("ceci est le plus long nom de domaine du monde et maintenant c'est le mien"), réservé par un Allemand, et www.lerelaisinternet-com-favorise-la-croissance-de-votre-entreprise.eu, créé par une société française.
Une entreprise allemande a même enregistré les 63 premières décimales de pi : www.141592653589793238462643383279502884197169399375105820974944592.eu. Qui dit mieux? (S.Vt.)

22/03/2007

Elle et moi

medium_traite_p1.2.jpgElle, c’est l’Europe qui partage ma vie depuis si longtemps; depuis ma naissance parfois. Ce week-end, on fête sa renaissance, à elle, en célébrant le jubilé des traités de Rome. En cinquante touches, La Libre vous révèle son visage. Un supplément de 32 pages dans le journal de samedi. Pour me permettre, à moi, de mieux la comprendre, elle.


L'adage est bien connu, on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même ! (S.Vt.)