04/04/2007
Qu’importe la directive pourvu qu’on ait l’ivresse
Rififi dans le vignoble : le tokay alsacien n’est plus. Depuis le 1er avril (rien d’un poisson), le nom est restitué à son pays d’origine, la Hongrie. L’affaire aurait déjà dû être réglée depuis les années 1920, époque à laquelle un accord mutuel prévoyait que la Hongrie renonce au nom de « cognac » si la France en faisait de même pour « tokay ». La Hongrie a respecté son engagement illico presto mais l’Alsace - forte de particularismes juridiques locaux - a mis plus de 80 ans à le faire. Largement mobilisés, les viticulteurs locaux ont joyeusement contourné lois françaises et règlements européens jusqu’à ce qu’un accord conclu en 1993 entre l’Union et la Hongrie impose à l’Alsace le terme de pinot gris. Le délai transitoire accordé à l’époque s’est terminé au début de ce mois et le millésime 2006 sera le premier concerné. « Il est temps que la France si prompte à se battre pour que ses appellations ne soient pas utilisées par d’autres pays, montre l’exemple », estimait un collectionneur d’étiquettes dans les colonnes des « Dernières Nouvelles d’Alsace ».
Exit le tokay pinot alsacien donc. Mais qu’adviendra-t-il du « pinot grigio », un pinot gris commercialisé par la cave coopérative de Turckheim sous un nom italien. Petit snobisme exotique réservé au marché britannique où – semble-t-il – ce vin se vend mieux dans la langue de Dante.
Mais si l’Europe est une tour de Babel où chaque idiome a droit de cité, ses directives - on le sait - se mêlent de beaucoup de choses. Une nouvelle réglementation exige désormais de chaque pays une liste de cépages officiellement acceptés et le pinot grigio ne figure pas dans la liste française. La solution toute simple serait de l’y ajouter mais certains viticulteurs alsaciens ne sont pas d’accord car il existe un pinot grigio italien, beaucoup plus léger que son cousin alsacien. Gare à l’amalgame s’inquiète les puristes… (V.Le.)
10:46 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Vin, Alsace, Hongrie




Les commentaires sont fermés.